Les Solèls de Trovic
Une odyssée cousue main
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Les Solèls de Trovic

Le jeu des connivences

dans l'oeuvre de Jacques Trovic
PAR Francine Auger Rey THÈME Analyse TAGS oeuvre | récréation COMMENTAIRES 0
Le Tiercé, Jacques Trovic
Le Tiercé, Jacques Trovic

Sous ses airs d'évidence, l'oeuvre de Jacques Trovic ne se révèle pas d'emblée. On voit bien que cet artiste s'applique à documenter avec soin le sujet qu'il choisit. Vous aurez beaucoup de mal à le prendre en défaut « d'objectivité ». Il s'est donné la tâche de nous apprendre quelque chose.

La dernière oeuvre sur laquelle il travaillait avant son décès s'appelait : « les Paludiers ». J'avais depuis longtemps oublié ce que c'était que des paludiers.. Jacques Trovic m'a gentiment répété trois fois : « c'est ceux qui récoltent'l'sel ». A ma grande honte, j'avais oublié , et lui d'ajouter :  «  y en a qui savent même' te' pas ce que c'est » (patois d'Anzin). J'en faisais partie...

Mais Jacques Trovic, en plus de ce travail patient, scrupuleux, de documentariste rajoutait des « signes » qu'il faut lire comme des signes de connivence avec des personnes qu'il voulait valoriser ou remercier, des signes pour eux, compréhensibles seulement par eux. Dans le même esprit, Jacques Trovic brodait pour les personnes qui lui étaient très chères, des dédicaces à l'arrière des tapisseries, lisibles seulement par elles . Une espèce de pacte secret. Elles étaient parfois très longues et toujours affectueuses.

Prenons l'exemple de ces « sous-entendus » entendables seulement par certains : dans l'oeuvre « Le Tiercé » signée en 2001, que Bruno Gérard et la fondation Paul Duhem nous ont permis de photographier, le tiercé gagnant est le 4. 8. 6. Quel est donc ce chiffre ? Il ne faut pas beaucoup de temps pour se souvenir que le 486 est le n° de la maison de Jacques Trovic rue Jean Jaurès à Anzin. Autre oeuvre, autre histoire...

Dans «  Le Vendeur de marrons chauds » signée en 1982, on est sur une place, il y a des enfants comme Jacques aime les représenter et sur un des bâtiments on lit : « Cinéma Gabory ». Que vient faire ce nom sur ce fronton ? Pas de cinéma à ce nom ni à Valenciennes ni ailleurs. En arpentant la vie et l'oeuvre de cet artiste, on se rend compte qu'en 1982, il est le sujet d'un documentaire signé Patrice Gabory. Et voilà.... Jacques Trovic a marqué avec ses moyens et ses outils sa reconnaissance pour l'auteur du documentaire. Plus simplement, Jacques Trovic inscrit le nom de la personne qui va posséder l'oeuvre bien en vue dans la tapisserie, comme dans les oeuvres "Bretagne de la mer", "La Péniche", "Les Coulonneux"...

Un détail de la tapisserie La péniche
La tapisserie « La péniche à Dubuc » (détail)
où l'on peut lire le nom du propriétaire sur la péniche...

Ce jeu de cache cache et de connivence va parfois jusqu'à l'ésotérisme... la pensée magique ne devait pas être étrangère à Jacques Trovic . Ce n'est pas dans n'importe quelle tapisserie qu'on va trouver l'hapax de l'oeuvre de Jacques Trovic. On y voit ce détail unique : une de ses photos d'identité datant de l'époque de l'oeuvre 1996,( il a alors 48 ans). Elle est incluse dans la tapisserie sous la signature. On continue de regarder. A côté de chaque photographie, un objet est brodé: sans doute le pendule de la diseuse...Le sujet a de l'importance dans cette histoire : il s'agit de « La Diseuse de bonne aventure ».

La diseuse de bonne aventure
La tapisserie « La Diseuse de Bonne Aventure » 1995 (détail)
Cliquer pour afficher l'oeuvre dans une fenêtre popup

On voit alors que Jacques Trovic a placé cette photo aussi sur les 3 autres côtés de la bordure répertoire. Et en cherchant encore, que voit-on sur la table de la diseuse de bonne aventure ? et bien cette même photo.!!!! La personne assise à la table de la gitane aux magnifiques boucles d'oreilles serpentines , est là pour une consultation à propos de Jacques Trovic... En cédant cette oeuvre à un collectionneur qu'il affectionnait particulièrement, Jacques lui dit : « cette oeuvre te portera bonheur ». Continuons plus loin dans cette tapisserie : que comporte le mur de la pièce où officie la belle gitane ? On y voit les signes du Zodiaque. Or « Les Signes du zodiaque » est une oeuvre de Jacques Trovic de ses tous débuts, elle date de 1967. Pas loin de 30 ans après on la retrouve intégralement dans une autre oeuvre. Voici donc l'oeuvre dans l'oeuvre.. pratique courante chez Jacques Trovic.

Pour exemple, voici 2 oeuvres distantes de 13 ans où on peut faire la liste des oeuvres de Jacques Trovic et de ses proches amis artistes qui y sont reproduites. Un bon nombre d'entre elles se retrouvent dans les 2 tapisseries. par exemple, une de ses oeuvre de jeunesse: Le Volcan se retrouve comme oeuvre exposée dans la tapisserie: "La Salle d'exposition" et comme oeuvre à vendre dans la tapisserie: "La vente aux enchères".Il s'agit d'une forme d'auto-citation, qui donne du sens au temps qui passe, temps qui construit avec entêtement une oeuvre à laquelle la mémoire de l'auteur en action dans ces auto-citations, donne sens.

Les connivences de Jacques Trovic
Cliquer pour les noms pour afficher l'oeuvre dans une fenêtre popup

Sur les tapisseries «  L'Exposition d'art » 1977 et «  La Vente aux enchères  » 1990 (détails)

Là on voit bien que l'oeuvre de Jacques Trovic ne se lit pas que sur un seul plan. Des histoires peuvent se raconter à l'infini dont le temps effacera les clefs. Il restera à l'archéologue de retrouver toute l'histoire dont Jacques Trovic aura placé les jalons tout au long de sa vie. Des histoires qu'il nous raconte et qu'on se raconte...

Et pour jouer un peu, trouvez donc l'accessoire cousu par Jacques qui laisse filtrer son humour et la complicité qu'il instaure entre lui et nous. Rien n'est dit, et pourtant tout est là sans avoir besoin de l'être...

La Danseuse de la revue de Paris
La tapisserie « La Danseuse de la revue de Paris » 2009 (détail)
Cliquer pour afficher l'oeuvre dans une fenêtre popup

Alors ... Naïf Jacques Trovic ? pas si sûr...
Peut-être s' est il joué de quelques naïfs autour de lui... à voir.

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A propos du film ❝Les Solèls de Trovic❞

Ce documentaire raconte l'histoire d'un homme né en 1948 dans une ville du Nord : Anzin, cité de la fin des mines et de la sidérurgie moribonde.

Dès l'adolescence, sur la table de la cuisine obscure de sa maison de courée, il fait jaillir, malgré ses handicaps et son milieu rude et modeste, une oeuvre lumineuse et colorée.

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